L'Énigme des Invalides

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Message Publié : 07 Mai 2026 12:14 
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Dresde, 11 août 1813.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 13e corps de la Grande Armée, à Hambourg

Mon Cousin, c’est aujourd’hui le 11, et l’ennemi n’a pas encore dénonce l’armistice; ainsi les hostilités ne peuvent pas recommencer avant le 18. Vous devez donc presser la marche de tout ce qui doit vous arriver; vous avez de la latitude à cet égard jusqu’au 20. Je vous ai fait connaître qu’il n’y avait pas d’obstacle à ce que vous lais­siez un corps d’observation sur la rive gauche, sauf à le reployer au besoin sur vous. Tout porte à penser que l’ennemi veut passer l’Elbe et se porter sur le Weser; mais votre mouvement sur la rive droite, qui ne peut pas être dérangé, puisque vous avez pour appui une place comme Hambourg et le Holstein, déconcertera ce projet, en même temps que le mouvement de Luckau sur Berlin obligera l’en­nemi à revenir et mettra tout en confusion.

Je vois, par votre état de situation, que la 3e division a 8,140 hom­mes, mais, comme elle recevra d’ici là trois bataillons qui lui man­quent, je puis la porter pour 10,000 hommes. La 40e division aura également 10,000 hommes, ainsi que la 50e. Vous pourrez donc marcher avec 10,000 hommes de la 3e division, 10,000 hommes de la 40e, et 5,000 hommes de la 50e, ce qui, joint aux 10,000 Da­nois, vous fera 35,000 hommes d’infanterie. Je vois que le 28e de chasseurs aura près de 1,000 hommes; je suppose qu’avant le 20 vous en aurez monté au moins 400. Le 17e de lanciers lithuaniens vous donnera également400 chevaux, ce qui vous fera 800 hommes de cavalerie. Enfin vous aurez 1.200 chevaux du régiment de marche, et il vous restera les 2,000 hommes à pied de la brigade provisoire de cuirassiers que vous emploierez à la garde de Hambourg, en attendant qu’ils soient montés.



Dresde, 12 août 1813, quatre heures du matin.

Au prince de Neuchâtel et de Wagram, major général de la Grande Armée, à Dresde.

Mon Cousin, en quelque lieu que se trouve le général Lemoine, donnez-lui ordre de se rendre à Wesel, de prendre le commande­ment des bataillons de la Ge division bis, d’y joindre tout ce qui serait destiné à passer par Wesel pour rejoindre l’armée sur Magdeburg ; de tâcher d’y réunir huit pièces d’artillerie à cheval ou à pied, de celles qui sont destinées à l’armée ; d’y réunir aussi tous les détache­ments de cavalerie que les 24e et 25e divisions militaires auraient à envoyer à l’armée, et d’aller prendre position avec cette colonne à Minden, d’où il correspondra avec le prince d’Eckmühl, avec le général Lemarois et avec mon ministre à Cassel, afin de pouvoir de ce point, selon les circonstances, se porter partout où il sera néces­saire et être à portée de me rejoindre promptement quand il en rece­vra l’ordre.



Dresde, 12 août 1813, quatre heures du matin.

Au général comte Lemarois, gouverneur de Magdeburg.

Monsieur le général Lemarois, l’armistice est dénoncé; les hosti­lités commenceront le 17. Retirez l’artillerie que vous auriez dans vos petits postes, ainsi que les hommes qui s’y trouvent et qui seraient compromis. Si le fort de Tangermünde n’est pas bien assuré, retirez-en de même l’artillerie et la garnison ; car que signifieraient 3 à 400 hommes qui seraient là bloqués par de la cavalerie ? Il vaut mieux avoir toutes ses forces réunies que de les compromettre.

Je vous ai déjà fait connaître que le prince d’Eckmühl débouche­rait, le 18, avec 40,000 hommes entre Berlin et la mer, et que le duc de Reggio, avec les 12e, 4e et 7° corps commandés par les géné­raux Bertrand et Reynier, et avec le troisième corps de cavalerie, commandé par le duc de l’adoue, déboucherait le 18 directement sur Berlin.

Annoncez que vous allez vous-même partir de Magdeburg avec une force de 18,000 hommes. Je suppose que des généraux vous sont arrivés. Organisez une division d’artillerie et faites ce qui est possible pour contenir l’ennemi au-delà de l’Elbe, menacer son pont s’il en jetait un, et vous mettre en communication avec le duc de Reggio. Je suppose que vous avez un chiffre; il faudra désormais s’en servir.

Envoyez un de vos aides de camp au prince d’Eckmühl; qu’il soit de retour le IG et vous fasse connaître la position et les projets du, maréchal. Ayez un chiffre avec ce maréchal ainsi qu’avec le duc de Reggio. Je suppose que le chiffre de l’état-major avec eux est le même, assurez-vous-en. Vous me ferez connaître ce que l’officier que vous aurez envoyé au prince d’Eckmühl vous aura dit à son retour.



S. J’ai ordonné au général Lemoine de se porter avec six ba­taillons de la 6B division bis à Minden, pour y faire un petit corps de réserve.



Dresde, 12 août 1813, au matin.

Au maréchal Davout, prince d’Eckmühl, commandant le 13e corps de la Grande Armée, à Hambourg

Mon Cousin, j’ai nommé le général Girard, qui s’est si bien dis­tingué à Lützen et qui est guéri de ses blessures, pour se rendre à Magdeburg. Il aura sous ses ordres, le ler corps du général Dombrowski, composé de huit bataillons polonais et de deux régiments de cavalerie, et 2° une division de 9,000 hommes tirés de la garni­son de Magdeburg. Ce général pourra donc réunir entre Berlin, Wit­tenberg et Magdeburg 15,000 hommes qui serviront à établir une communication entre vous et le duc de Reggio. Cependant ce corps ne doit pas s’éloigner de manière à être isolé de Magdeburg, parce que la garnison de cette place ne serait plus suffisante. Le général Lemarois ayant le chiffre de l’état-major, que vous devez avoir aussi, vous pourrez correspondre.



Dresde, 12 août 1813.

Au maréchal Oudinot, duc de Reggio, commandant le 12e corps de la Grande Armée, à Luckau.

Mon Cousin, le major général vous a fait connaître que les hostilités recommenceront le 17. Il vous a fait également connaître que mon intention est que, le 14, la division Guilleminot et votre cava­lerie légère soient réunies à Baruth, et que, le 15, le reste de votre corps d’armée y soit réuni, et que vous y ayez votre quartier général. Vous emploierez ce temps à diriger sur Baruth 100,000 rations de pain que vous ferez faire à Luckau.

Le major général vous a fait connaître que le 7e corps, commande par le général Reynier et composé de trois divisions, deux saxonnes et une française, faisant 18,000 hommes présents sous les armes, avec une brigade de l,600 chevaux saxons, arrivera le 16 ou le 17 à Luckau ; que le 4° corps, commandé par le général Bertrand et composé d’une division française, d’une division italienne et d’une division wurtembergeoise, avec une brigade de cavalerie légère, arri­vera également le 16 ou le 17 à Luckau; enfin que le duc de Padoue, avec le 3e corps de cavalerie, fort de trois divisions, faisant 6,000 chevaux, se rend aussi le 16 ou le 17 à Dahme. Il passera l’Elbe à Torgau. Envoyez des ordres à ces trois généraux pour leurs directions.

Le 18, si l’ennemi n’est pas en forces supérieures devant vous, vous pourrez entrer aussitôt sur le territoire ennemi, ce qui vous mettra à même d’avoir des renseignements sur tout ce qui s’est fait et se passe devant vous. Le 4e corps, que vous pourrez diriger sur Baruth par Lübben, si vous le jugez plus convenable, le corps du général Reynier, et le 3e corps de cavalerie, qui arrivera à Baruth par Dahme, vous mettront à même de commencer sérieusement vos opérations, de sorte que le 21 ou le 22 vous puissiez être à Berlin.

Vous aurez ainsi sous vos ordres neuf divisions d’infanterie avec trois brigades de cavalerie légère et trois divisions de cavalerie ; cela formera: 12e corps, 16,000 hommes d’infanterie, 1,400 de cavalerie, soixante-deux pièces d’artillerie; 4e corps, 22,000 hommes d’in­fanterie, 1,000 de cavalerie, soixante-deux pièces; 7e corps, 18,000 hommes d’infanterie, 1,600 de cavalerie, soixante-deux pièces; 3e corps de cavalerie, 6,000 hommes, vingt-quatre pièces; total, 56,000 hommes d’infanterie, 10,000 de cavalerie, deux cent dix pièces d’artillerie. Ce qui fait 70 à 75,000 hommes. Dans cette artillerie, il y a quatre batteries de pièces de 12.

Vous ne devez pas perdre de monde devant des villages et des postes retranchés; mais vous devez sur-le-champ faire avancer les trente-deux pièces de 12 de vos quatre batteries de réserve, avec une quarantaine d’obusiers, au moyen de quoi vous détruirez en deux heures toutes les fortifications de campagne.

Le général Girard se rend à Magdeburg. Il aura sous ses ordres le corps du général Dombrowski, composé de huit bataillons polonais, avec deux régiments de cavalerie et une batterie d’artillerie à cheval, faisant à peu près 5,000 hommes. Au moment de l’expiration de l’armistice, s’il était poussé par des forces supérieures, il se replierait sur Wittenberg; mais il reprendra l’offensive aussitôt qu’il le pourra, el il marchera pour maintenir la communication entre vous et Wit­tenberg. Outre le corps du général Dombrowski, le général Girard aura sous ses ordres une division de 8 à 9,000 hommes avec laquelle il manœuvrera en avant de Magdeburg. Il tâchera de se lier avec le général Dombrowski, et réunira ainsi, entre Wittenberg, Magdeburg •et Berlin, 12 à 15,000 hommes.

Le prince d’Eckmühl débouchera le 18. Dès ce moment, son quartier général est hors de Hambourg, et son corps est réuni sur la rive droite de l’Elbe, renforcé par 15,000 Danois; ce qui le porte à plus de 40,000 hommes. Il suivra l’ennemi, ou l’attaquera s’il est en nombre inférieur, et manœuvrera de manière à le couper de la mer et à se placer entre Berlin et Stettin.

Il y aura donc contre Berlin votre corps fort de 70,000 hommes, le corps du général Girard, fort de 12,000 hommes, et celui du prince d’Eckmühl fort de 40,000, c’est-à-dire en tout 122,000 hommes.

Après avoir occupé Berlin, vous manœuvrerez pour établir vos communications avec Wittenberg et Magdeburg, et le général Girard sera merveilleusement placé pour cela. Vous débloquerez Küstrin et vous ravitaillerez cette place en y jetant tous les vivres que vous pourrez trouver à vingt lieues autour. Vous débloquerez et ravitail­lerez de même Stettin, d’où vous retirerez tous les généraux qui sont inutiles, en n’y en laissant qu’un seul pour commander la place. Vous -obligerez les Suédois à se rembarquer et vous rejetterez l’ennemi au-delà de l’Oder. J’ai fait préparer un équipage de siège pour essayer de reprendre Spandau.

Le maréchal Saint-Cyr, avec le 14e corps, a son quartier général à Pirna. Je fais venir à Dresde le général Vandamme avec son corps d’armée, et, quoique je m’attende à ce que l’Autriche me déclare la guerre dans peu de jours, je suis en mesure de faire face à tout. Le vice-roi, avec une année de 80,000 hommes, se porte sur Görtz. Indépendamment des 122,000 hommes que je dirige contre Berlin, j’oppose deux armées aux armées russes, prussiennes et autri­chiennes, égales à ce qu’elles peuvent me présenter.

Le général Lemarois, le prince d’Eckmühl, le général Lapoype, le général Durosnel, le gouverneur de Torgau, ont un chiffre qui est le même que celui que vous avez. Il faut en profiter pour leur écrire en chiffre ce qu’il serait dangereux que l’ennemi connût.

Le commissaire des guerres de Torgau ne vous a pas envoyé le complément de vos 6,000 quintaux de farine; il vient de recevoir l’ordre de le faire; envoyez à Torgau, pour le prendre, toutes vos charrettes de réquisition. Mais vous devez garder vos équipages pour l’approvisionnement de Baruth et pour vous suivre.

Faites en sorte que le général Bertrand et le général Reynier trouvent des vivres à Luckau pour leur consommation, et même pour en charger leurs voitures disponibles.

Faites-moi connaître quel est le commandant que vous laisserez à Luckau.

_________________
"Tant que les Français constitueront une Nation, ils se souviendront de mon nom."

Napoléon.


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Message Publié : 18 Mai 2026 19:54 
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A noter qu'initialement, le 4ème corps de Bertrand n'était pas destiné à l'expédition sur Berlin, c'était le 1er corps de Vandamme qui y était destiné ! Qu'on se figure l'incidence de cette circonstance sur les évènements...

Napoléon a dû réfléchir que Vandamme serait un lieutenant incommode. Pourtant son 1er corps était autrement résistant que celui de Bertrand, composé pour l/3 de Wurtembourgeois. On a du mal à comprendre comment l'Aigle a pu à ce point se tromper dans ses prévisions. La marche sur Berlin s'imposait mais il fallait lui donner toutes les chances de succès ! Un échec, si minime fut-il, ne pouvait être qu'un encouragement pour les coalisés, surtout pour les Prussiens. Prévoir Vandamme pour ce rôle était prudence et calcul fondé. Napoléon devait bien se douter qu'un général prussien ardent comme Bülow ferait tout pour refouler Oudinot qu'il avait déjà battu, sans guère se soucier des ordres de Bernadotte... L'Empereur a-t-il été vraiment mal renseigné, comme Thiers l'a écrit ? Ses espions (ou des agents doubles) lui auraient dépeint ses adversaires comme divisés avec des troupes de très peu de valeur ? Ou lui-même a-t-il extrapolé à partir des rapports qu'il recevait ? On reste confondu devant un tel gâchis...

https://napoleon-histoire.com/correspon ... aout-1813/

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